Lorsque je lis les articles de presse ou les blogs sur la Grèce, entre les commentaires méprisants, voire haineux, et les descriptions volontairement misérabilistes destinées à faire du chiffre, j’ai du mal à déterminer ce qui m’agace le plus.
Bien sûr, la crise qui touche la Grèce est complexe et affecte différemment les différentes strates de la société. On peut la voir de différentes façons en fonction des personnes et des lieux que l’on fréquente, et même de la saison à laquelle on visite le pays. Mais ce qui est gênant, c’est que la popularité des articles les plus alarmants et les plus misérabilistes incitent les blogueurs et journalistes à donner au public ce dont il est le plus friand : du fascisme, de la misère et de la violence ; en d’autres termes, du sang et des larmes.
Et c’est vrai qu’entre les nouveaux SDF qui couchent dans des squats ou sur le parvis des églises pour se tenir à l’abri de la pluie avant d’aller faire les poubelles dans la journée pour récupérer de la nourriture et du métal à revendre, les partisans d’Aube dorée qui font le salut nazi dans les rues et les vitrines des magasins fermés depuis déjà plus d’un an il y a de quoi faire le bonheur des journalistes en mal d’images percutantes.
En discutant avec des amis, Grecs francophones, la semaine dernière, j’ai par exemple appris que les employés qui travaillaient dans l’apprentissage des langues n’avaient jamais été autant sollicités et n’avaient jamais autant travaillés pour le compte de tous ceux qui voulaient investir à l’étranger, diversifier leur clientèle ou simplement quitter le pays. Une amie m’a aussi parlé du milieu de la télévision, dans lequel une société qui importe les séries et les émissions étrangères se retrouve surchargée de commandes parce que plus personne ne veut investir dans des productions locales, trop chères et peu rentables.
Accessoirement, j’ai aussi pu voir un reportage à la télévision grecque. Avec le titre « peur sur la ville » affiché sur fond rouge, les images alternaient entre les scènes de portes fracturées et les quartiers situés près d’Omonia où résident beaucoup d’étrangers. Le caractère raciste et alarmiste de l’émission ne faisait aucun doute et je suis convaincu qu’avant de nous indigner de l’existence des nazillons d’Aube dorée, déjà endoctrinés, il serait préférable de faire la lumière sur la façon dont l’insécurité (ou le sentiment d’insécurité) est exploitée dans les médias.
Alors, oui, la situation est difficile. Oui, je m’indigne (puisque c’est à la mode) contre l’austérité imposée à un peuple par des techniciens, voire des technocrates, dépourvus de toute légitimité démocratique. Oui, je crains le pire pour ce pays et pour l’Europe si l’on ne trouve pas des moyens pour remettre l’individu (et non l’actionnaire) au centre du dispositif démocratique. Mais je crois aussi que montrer des photos de mendiants et de rideaux fermés ne servira qu’à effrayer les lecteurs, et que la peur mène plus facilement à la soumission qu’à la recherche de solutions.
Je profite donc de cet article pour inviter à nouveau tous ceux qui souhaitent visiter Athènes à se perdre du côté de la rue Kolokotroni, un peu au-dessus de l’axe Syntagma – Monastiraki, un axe incontournable, et pourtant peu connu des touristes, pour qui veut apprécier les nuits athéniennes.
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