Saturday, December 8, 2012

Quand le miracle chinois gagne l’Afrique


Pierre Moscovici est perplexe. Le grand dragon, à tires d’ailes, presque sans crier gare, s’empare du marché africain. Enfin … s’empare est un bien grand mot mais qui n’annule en aucun cas le fait que les grandes puissances européennes, France y compris, perdent du terrain en Afrique. L’aspect moral recoupe ici l’aspect économique.

En effet, moralement, même après l’abandon des colonies il y a cinquante ans de là, la France continuait à s’imposer un peu dans le style « nounou ambulante » ou, comme l’a si exactement formulé Jacques Hubert-Rodier, éditorialiste aux Echos, le modèle en vigueur était celui de la « Françafrique de papa ». Cette familiarisation si audacieuse puisqu’elle s’applique à un continent immense et que l’on sait qu’il y a Afrique et Afrique, n’en reflète pas moins l’attachement historique qu’éprouve traditionnellement la France (puisqu’on s’arrêtera au cas de notre pays) vis-à-vis de l’Afrique. Je me permettrai de reciter M. Hubert-Rodier en invoquant deux points fondamentaux qu’il a, en toute connaissance de cause, récemment relevé. Primo, il se fait que les économies mondiales s’essoufflent. Chacune pour une raison qui lui est plus ou moins particulière. On a beau parler du miracle chinois, il ne faut pas oublier que ce miracle est tellement sélectif, je dirais même élitiste, qu’il ne concerne qu’un pourcentage infime de la population. Un peu d’air frais est par conséquent nécessaire que l’on va trouver sur un continent tel que l’Afrique, aussi déséquilibré que prometteur. Investir dans l’Afrique, y implanter son infrastructure, y créer de nouveaux emplois revient à procéder à ce qu’on appelle en médecine et économie la thérapie de choc. Les deux acceptions sont ici de mise. Deuxième réflexion à mettre en relief, notamment parce que cette réalité est loin d’être à la surface : « La Chine a toujours donné sa préférence, comme pendant longtemps les autres puissances, au statu quo derrière lequel s’abritent des régimes autoritaires. Au moment où la démocratisation du continent africain marque des points, cette politique pourrait se retourner contre ses promoteurs. Comme ce fut le cas déjà au nord de l’Afrique avec le printemps arabe ». De ce point de vue, la France a vraiment le bec dans l’eau, elle qui, contrairement à la Chine, a maladroitement mis son grain de sel dans la soi-disant dissolution des tensions intra-africaines. Elle a trop joué au bon Samaritain pour voir finalement s’effriter sa réputation dans un bon nombre de pays africains, la Mali en étant un exemple représentatif. Pourquoi ? Parce que la neutralité pragmatique d’une Chine vaut cent fois plus que les engagements noblement déguisés d’une France qui ne peut se consoler d’avoir dû lâcher l’intégralité de ses avoirs coloniaux. Ce n’est pas un reproche. Rien qu’une observation d’ordre psychologique applicable à n’importe quel autre pays qui a connu un passé colonialiste.

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