Entre la France et la Russie, le malaise planait depuis l’élection de François Hollande
A Moscou on redoutait que la gauche, traditionnellement plus sensible aux slogans des associations de défense des Droits de l’Homme, ne rompe avec la politique de relations cordiales menée sous Nicolas Sarkozy et n’adopte une attitude hostile au Kremlin. La visite en juin dernier de Vladimir Poutine à Paris, marquée par une attitude plus que réservée du Président de la République français, a entretenu cette crainte.
Fort heureusement, les nuages semblent aujourd’hui se dissiper. Le gouvernement socialiste, confronté à une crise de très haute intensité, est bien conscient que l’heure n’est plus aux postures dogmatiques. Le timide début d’inflexion idéologique qu’il manifeste dans la conduite de l’économie française –compétitivité, politique de l’offre- en atteste. A l’heure du « redressement productif », tous les relais de croissance doivent être saisis. Or le marché russe est, sur de nombreux segments, le plus prometteur en Europe. Il faut résolument s’y engager. Cap à l’Est toute : C’est le mot d’ordre qu’a lancé Nicole Bricq, ministre française du commerce extérieur, lors de son récent voyage à Moscou. Louant les réformes engagées par le Kremlin, celle-ci a fait preuve d’un enthousiasme rafraîchissant : « Ils (les autorités russes) font des efforts extraordinaires. Ce n’est pas facile de modifier la législation. (…) Notre message (aux entreprises) c’est: venez en Russie. C’est un pays émergent de premier ordre et il est en Europe », a-t-elle déclaré. La bénédiction gouvernementale donnée, il faut maintenant que les entreprises françaises se lancent. Elles ont une vraie valeur ajoutée à faire valoir dans de nombreux secteurs.
« Industries de souverainetés »
C’est le cas, notamment, en matière d’industries de souveraineté. Défense, aéronautique, spatial, énergie nucléaire : Dans ces domaines l’expertise française suscite l’intérêt de nombreux acteurs russes. Les succès remportés le démontrent. Aujourd’hui mis en oeuvre depuis Kourou par Starsem, groupe franco-russe, le lanceur spatial Soyouz a un carnet de commandes qui ne désemplit pas. Thales a su tisser des liens étroits avec l’industrie de défense russe en matière d’électronique de défense. Safran, via ses filiales Sagem DS, Turbomeca, Snecma, Messier-Dowty, multiplie les contrats. La progression de son chiffre d’affaires sur le marché russe a atteint en 2011 un rythme à deux chiffres. DCNS, enfin, avec le contrat des BPC Mistral, a véritablement brisé le tabou en matière de coopération militaro-industrielle franco-russe. Emblématiques, ces réussites peuvent et doivent à présent en appeler d’autres. Il en va de la pérennité de l’industrie de défense française.
Celle-ci, victime des coupes budgétaires drastiques qui affectent le budget de la défense, est aujourd’hui confrontée à un marché domestique réduit à la portion congrue. Représentant 350 à 400 000 emplois directs et indirects, elle doit chercher son salut à l’export. Or sur ce segment, caractérisé par une montée en puissance des entreprises des Etats émergents, les opportunités ne sont pas nombreuses. Les deux plus vastes marchés du monde, Etats-Unis et Chine lui sont interdits par le protectionnisme d’une part, l’embargo de l’autre. Le marché latino-américain est prometteur mais financièrement limité. La zone asiatique –hormis sur quelques segments- est essentiellement une chasse gardée américaine. Quant au Moyen-Orient, il est le théâtre d’une compétition féroce avec les groupes américains et britanniques, duel permanent que les entreprises françaises perdent malheureusement plus fréquemment qu’elles ne le gagnent. Il ne reste dès lors que deux marché majeurs sur lesquels faire valoir nos atouts : L’Inde et la Russie. Sur le premier nous sommes présents. Sur le second tout reste à faire mais tout est possible.............
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