Friday, September 13, 2013

On prend les mêmes et on recommence...


Un très bon article de L. Randall Wray sur les diverses manipulations de marchés par les financiers fut publié sur son blog il y a quelques semaines. Il regorge d’hyperliens très pertinents. J’en fournis ici un petit aperçu en français.
Le New York Times nous informe que Goldman Sachs (encore elle) a trouvé un superbe moyen de se donner un avantage lors de ses spéculations sur l’aluminium, au frais des autres. Elle a tout simplement racheté Metro International Trade Services, une très grosse entreprise d’entrepôt d’aluminium basée à Detroit. La plus grosse au monde puisque plus d’un quart de l’aluminium stocké l’est dans ses entrepôts. Pratique pour savoir quel sera le cours du métal. Mais il y a plus. Nous sommes chez Goldman Sachs tout de même. GS se débrouille en effet pour faire payer les détenteurs d’aluminium stocké chez elle en contournant les quelques réglementations existantes : pour éviter une thésaurisation du métal faisant pression à la hausse sur les cours, il y a une limite légale de temps pendant laquelle le métal peut être stocké, après il doit sortir de l’entrepôt. GS, pas contrariée, organise donc un bonneteau géant d’aluminium entre ses divers entrepôts. Comme ça tout est légal. Même si le métal qui sort ainsi ne rentre pas sur le marché mais dans un autre de ses entrepôts. Pour convaincre les détenteurs récalcitrants d’aluminium de la nécessité de garder leur aluminium chez elle, GS prétexte d’une administration particulièrement peu fiable, avec des stocks perdus momentanément, de la paperasserie qui manquerait, etc. Malgré l’investissement de GS, l’administration de Metro connait ainsi une grosse chute de qualité. Tellement étrange. Résultat : « Avant que Goldman n’achète Metro International trois ans plus tôt, les clients de l’entrepôt étaient habitués à attendre six semaines en moyenne pour que leurs achats soient localisés, récupérés par les charriots élévateurs et transportés jusqu’aux usines. Mais maintenant que Goldman détient la compagnie, l’attente est multipliée par plus de dix — à plus de 16 mois selon les registres de l’industrie. »
Mieux encore pour GS : pendant ce temps-là, les détenteurs de cet aluminium qui joue au flipper entre les entrepôts continuent de payer le « service ». Je vous rassure tout de suite, GS est parvenue à ce que la qualité de cette administration-là demeure excellente. Depuis 2010, le surcoût du prix comptant de l’aluminium a doublé. Certaines entreprises fortement consommatrices d’aluminium, comme Coca-Cola pour ses canettes, ont dû créer des filières parallèles plus ou moins efficaces d’approvisionnement directement depuis les producteurs d’aluminium. Mais ils réduisent ainsi leur délai d’attente, peu ou pas du tout le prix mondial…
Petite pépite pour finir cet article du New York Times : des autorités de « régulation » des « services » financiers, la SEC et la Fed, ont accepté que GS avec ses comparses Blackrock et JPMorgan Chase contrôlent la bagatelle de 80 % du marché du cuivre. En effet, les investissements par des banques dans des secteurs non-financiers sont soumis à autorisation, en théorie. Le plan des trois « banques » consistent notamment à stocker du cuivre dans les entrepôts de… Metro International. La régulation serait-elle une passoire ? Oh non, quand même, ils n’oseraient pas. La Fed a même froncé les sourcils : « un tel arrangement ne serait approuvé que s’il ne pose aucun risque au système financier » et que les avantages ainsi acquis ne truquent pas le marché, comme de bon aloi. Justement, le plus vieux trucage de financier consiste à profiter de la connaissance avant tout le monde d’une information qui influencera les cours, technique connue sou le nom de « délit d’initié », le premier substantif disant bien son illégalité. Wray souligne à juste titre que la Fed s’inquiète là visiblement plus de la possibilité que la rapacité des banques puissent se retourner contre elles, en étant trop collectivement exposées aux mêmes risques, aux mêmes fragilités, plutôt que du tort causé à tout le monde. Comme si on autorisait les violeurs à conditions qu’ils portent des protections contre des réactions violentes inattendues de leurs victimes… Sur ce dernier point, je renvoie mon lecteur à mes deux billets sur la bulle de 2008 sur les matières premières. C’était alors la bulle sur els amtières premières qui avait éclaté la bulle des subprimes. Pauvres méga-banques, tondre les autres est plus subtil et dangereux que l’alchimie…