Wednesday, December 5, 2012

Quel modèle de société pour la Russie de demain?

Ma dernière tribune a entraîné une salve de questions et de réflexions intéressantes, notamment sur ma page Facebook.

Beaucoup de lecteurs m’ont demandé en quoi pourrait consister la charpente idéologique d’un éventuel nouveau modèle de société russe. Je crois qu’un certain nombre d’évolutions et d’indices permettent d’imaginer les lignes directrices de cette reconstruction.

Les années 1990 ont vu la sortie chaotique du système soviétique vers un désordre libéral, qui s’est accompagné d’un sursaut des identités locales faisant apparaître le danger du séparatisme au cœur d’une fédération privée d’état et donc la nécessité d’une autorité supérieure pour canaliser les flux identitaires. Ce risque séparatiste, encouragé de l’extérieur, a malgré tout émergé, notamment dans le Caucase ou il a abouti à des guerres, que l’état russe a cependant fini par éteindre sans négocier.
La reconstruction de l’Etat des années 2000 s’est accompagnée d’un reset total du bagage historique récent de la nouvelle Russie, d’une réaffirmation totale du rôle de l’Etat, celui-ci replaçant la religion ou les religions au cœur du système pour re-moraliser la société. L’équation russe semblait jusque la assez lisible: le redressement du pays et l’amélioration du cadre de vie suffisaient pour le maintien au pouvoir d’un parti de la majorité qui a reconstruit l’état et assuré la stabilité en Russie.

En 2011 des contestations sont apparues qui bien qu’ultra minoritaires (100.000 personnes sur 143 millions d’habitants soit moins de 0,07% de la population) ont mis en relief non pas l’émergence d’un sentiment anti-Poutine, mais bien une rupture sociologique profonde entre d’un côté des membres d’une classe urbaine occidentalisée et de l’autre les habitants de la Russie profonde qui traversent une transformation identitaire importante qui se poursuit.

Natalia Zubarevich explique ces déséquilibres sociologiques par la coexistence de quatre Russies différentes: une première Russie est celle des grandes villes (jusqu'à 30% de la population de la fédération selon que l’on prenne en compte les villes millionnaires ou de plus de 500.000 habitants), une seconde Russie est celle des plus petites villes et des villes industrielles (environ 20% de la population), une troisième Russie est la Russie périphérique, celle des campagnes, villages et toutes petites villes (prés de 40% de la population) et il y a enfin une quatrième Russie qui est celle des républiques ethniques du Caucase et de la Sibérie du sud mais qui ne comprend pas de villes industrielles (environ 10% de la population). L'analyste Jean Robert Raviot décrit la situation en définissant trois Russies. D’abord, la plus médiatisée car occidentalisée, celle des "Moscobourgeois". Ensuite la Russie provinciale et périurbaine, très majoritaire et plus conservatrice, et enfin  la Russie des périphéries non russes contrôlées par des ethnocraties alliées au Kremlin............................................